Nous avons tous entendu parler de l’onde de choc créée récemment par les prêteurs hypothécaires à haut risque (subprime mortgage lenders), des interventions des banques centrales américaine, canadienne et européenne pour amoindrir la crise, de même que des replis enregistrés sur les principaux marchés boursiers du monde. Voici quelques éléments qui pourraient vous aider à mieux comprendre ces récents événements.
Tout débute entre les années 2000 et 2002 alors que la Réserve fédérale américaine et son gouverneur de l’époque, Alan Greenspan, abaisse le taux directeur à maintes reprises jusqu’à ce qu’il atteigne le seuil du 1 %. Par ces baisses de taux successives, la banque centrale espère stimuler la consommation et contrebalancer les effets de la crise causée par l’éclatement de la bulle technologique et par les événements du 11 septembre.
Cette mesure de relâchement du crédit, établie par la Réserve fédérale, permet aux institutions financières prêteuses d’offrir des conditions de crédit avantageuses, tellement avantageuses qu’il devient alors possible de financer presque tout à des taux extrêmement bas. La demande est ainsi stimulée et le secteur immobilier en profite.
Dans ce contexte qui favorise l’emprunt, on assiste à un relâchement des conditions d’admissibilité au crédit. Les résidences sont de plus en plus luxueuses et dispendieuses mais cela ne semble freiner d’aucune façon l’ardeur des consommateurs. Certains acheteurs font l’acquisition de résidences qu’ils n’auraient pu s’offrir en temps normal. D’autres encore peuvent même emprunter un montant supérieur à la valeur de leur propriété.
La Réserve a, de fait, stimulé la consommation. On peut penser que son but a été atteint. Cependant, sachant bien qu’il s’agit là d’une mesure temporaire, irréaliste à long terme car de faibles taux maintenus trop longtemps peuvent créer de l’inflation, la Réserve sait qu’elle doit éventuellement redresser son taux directeur. Celui-ci ayant atteint 1 % en décembre 2003, est donc ramené graduellement à 5,25 %.
Évidemment, ces hausses successives rendent les conditions de crédit plus difficiles. Imaginez les difficultés causées par le versement mensuel d’une hypothèque dans un contexte où les taux hypothécaires passent de 3 % à 8 % et où le paiement hypothécaire s’en trouve doublé! Les emprunteurs sont étouffés. Les acheteurs sont moins nombreux. Le prix des maisons chute. Certains proprios sont contraints de vendre leurs résidences.
De plus, parmi les prêteurs hypothécaires à haut risque, certains plus agressifs ont prêté à des consommateurs ayant de très mauvais dossiers de crédit. Pour financer leurs activités de prêts, ces institutions ont émis des titres de créances et de dettes. Maintenant que certains de leurs clients, ces acheteurs aux mauvais dossiers, ne peuvent plus rembourser leurs hypothèques, elles ont de la difficulté à refinancer leurs titres de créances et leurs dettes. Dans les faits, on ne veut plus leur prêter, d’autant que certaines de ces institutions ont fait faillite. Quelques noms : New Century Financial et Americain Home Mortgage Investment.
Devant cette insécurité, une crise de liquidité s’installe. Certains prêteurs, frileux devant une telle situation, veulent être remboursés tout de suite. Les prêteurs hypothécaires à haut risque ne peuvent évidemment pas rembourser les banques d’affaires qui, pour leur part, ne peuvent rembourser les banques traditionnelles lesquelles, à leur tour, ne peuvent rembourser les investisseurs institutionnels. En quelque sorte, ce sont les demandes de remboursement immédiat qui ont créé la crise. Pour calmer le jeu, pour arrêter la saignée et pour rassurer les marchés, les banques centrales décident d’intervenir en injectant des liquidités dans le système bancaire, facilitant ainsi les échanges monétaires entre les différents intervenants mentionnés.
Mais l’insécurité persiste car il est difficile d’évaluer l’ampleur de la crise causée par les prêteurs hypothécaires à haut risque. Cette insécurité s’est ainsi traduite par un retrait de certains investisseurs des marchés boursiers, entraînant alors la baisse récente des principales bourses mondiales.
Dans ces circonstances, comment réagir en tant qu’investisseur? La réponse est simple : en gardant en tête nos objectifs à long terme et en misant sur des titres de qualité! Il est souvent hasardeux de prévoir ce qui peut se passer lorsque tout va bien. Ce l’est encore davantage lorsque certains aspects de l’économie deviennent nébuleux. Personne ne peut prédire le moment précis d’une correction de marché, pas plus que le moment où le vent tournera et que les cours recommenceront leur progression à la hausse.
D’un point de vue stratégique, il ne faut pas céder à la tentation de liquider ses positions en actions dans l’espoir de les racheter un peu plus bas. Cela pourrait conduire à de graves erreurs et faire rater de belles opportunités. Le contexte actuel peut offrir l’occasion de profiter de certaines aubaines en investissant dans des secteurs historiquement solides. Les banques canadiennes en sont un bon exemple.
Dans le passé, le marché a connu à plusieurs reprises de tels soubresauts. À chaque fois, dans les semaines ou les mois qui ont suivi, on a noté une accalmie, une consolidation puis une reprise des cours, parfois rapide et surprenante. Il suffit donc de garder le cap.
Stéphan Morin
Pascale Imbeau
Septembre 2007
Stéphan Morin est comptable agréé et conseiller en placement. Il se spécialise dans la gestion des actifs financiers et s’intéresse aux stratégies d’investissements permettant d’accroître le rendement de manière sécuritaire.